Quelques clichés avec Michael Ferire
UN AUTRE REGARD SUR LES COULISSES
Nous connaissons Michael Ferire depuis longtemps déjà. Un matin, un colis contenant des cadres individuels découpés dans un vieil album photo 10×15 est arrivé avec son nom, nous demandant de faire de notre mieux. Nous étions loin de nous douter que cela marquerait le début d’une longue relation. Plus tôt cette année, il a envoyé ce cliché qu’il a réalisé avec Stromae et l’équipe derrière sa marque de vêtements Mosaert. C’était une prise de vue ambitieuse combinant un film 4×5″ avec du 120 aux formats 6×7 & 645, spécialement éclairée avec des lumières de studio.
Il y a de nombreuses années, nous avons demandé à Michael, lors d’une conversation personnelle, comment il décrirait sa photographie. Il a répondu : « Je suis un photographe de coulisses ». Ce n’était certainement pas la réponse que nous aurions pu anticiper, mais cela prenait tout son sens avec sa photographie. Michael essaie toujours de dépeindre ce qui se cache derrière ce que nous voyons, son parcours en psychologie y est peut-être pour quelque chose, et dans ce cas, il renverse le concept traditionnel de ne pas être présent dans l’image, mais plutôt d’être présent pour montrer ce qui se cache derrière, en l’occurrence derrière la marque Mosaert.
Selon ses propres mots :
« Le paradoxe du projet : être visible sans être trop présent »
Ce projet était un peu fou. L’idée était de créer des images emblématiques qui pourraient être l’expression du label créatif Mosaert (principalement connu pour le travail créatif réalisé pour Stromae, mais aussi actif dans le design de mode, les clips vidéo et d’autres projets). Pour moi, il était totalement absurde d’être aussi précis sur l’expression de la marque et la cohérence de chaque projet qu’ils réalisent sans avoir une vision claire de la manière de communiquer sur l’équipe elle-même.
J’ai donc présenté un projet global basé sur l’idée d’images audacieuses avec une identité claire, mais je savais que la partie délicate serait de s’assurer que ces images resteraient au second niveau de communication. Mosaert doit communiquer clairement sur ses produits et non spécifiquement sur elle-même. Cette séance photo devait donc offrir la même esthétique mais rester plus subtile et discrète.
Inspiration : intemporelle et audacieuse
Contexte artistique : Je voulais vraiment créer des images comme un peintre. J’ai donc décidé de m’inspirer principalement de l’art et plus spécifiquement de l’Art Nouveau ou de l’Art Déco. Cette esthétique est déjà très présente dans l’ADN de Mosaert et également représentative de la Belgique, ce qui est aussi une caractéristique de ce projet. Le contexte artistique provenait de différentes sources comme MC Escher et l’Art Nouveau en général.
Le lieu était une évidence puisque nous voulions un endroit rétro-futuriste avec un héritage très belge. Avec Studio Elementaires (scénographes), nous avons décidé d’amplifier le potentiel graphique du lieu en utilisant des formes et des contre-formes pour créer une ambiance d’Atelier Brancusi. L’idée était de créer une atmosphère très singulière en s’inspirant de différentes traditions artistiques. Il fallait que ce soit rétro et futuriste à la fois.
Pour les poses et les attitudes, je voulais quelque chose d’audacieux et de neutre à la fois, ce qui est un défi. Pour moi, il était clair que nous devions considérer les corps et les visages comme des éléments graphiques dans la construction des images. Cette solution permettrait d’obtenir la « neutralité audacieuse » que nous recherchions. Je me suis principalement inspiré du travail d’Irving Penn.
Lumière et ambiance : Nous voulions un éclairage très épuré. Quelque chose qui semblerait naturel et surnaturel à la fois. Une ambiance quelque part entre l’organicité du film et une perfection clinique qui pourrait être des images 3D. Le même paradoxe que nous avions dans les attitudes et les poses : cette « neutralité audacieuse ». L’objectif, avec Julien Charpentier (directeur de la photographie dans l’industrie cinématographique), était de créer une lumière très douce et intemporelle.
Je voulais aussi travailler avec le format 4×5 pouces, que je n’avais jamais utilisé et qui me semblait très technique et risqué pour un premier essai. J’ai décidé de travailler avec Elliott Verdier (que j’ai rencontré l’année dernière sur Traveling Light). Je savais que ce serait la solution parfaite pour pouvoir le faire sans le stress de tous les aspects techniques du grand format et me concentrer davantage sur la vision et la direction artistique.
Nous avons travaillé en équipe. Pour chaque pose, chaque idée, je la photographiais d’abord en 120 en utilisant différents cadrages et poses. À la fin de mes 2 rouleaux (Contax 645 + Pentax 67), nous choisissions avec Elliott la meilleure option parmi celles que j’avais réalisées et nous la photographiions en 4×5. En gros, environ 15 idées différentes, ce qui représente 30 rouleaux et 15 images grand format. »
– Michael Ferire
NOTE DU LABO
Ce fut un défi passionnant pour nous car il combinait deux formats de film qui ne peuvent pas être numérisés sur le même scanner, le film 4×5″ & 120. Avec Michael, nous avons beaucoup travaillé récemment sur le Noritsu HS-1800 car il permet un rendu beaucoup plus sophistiqué, et il est en fait parfaitement adapté au film 4×5″, que nous numérisons avec notre Fujifilm FineScan 2750. Les deux scanners utilisent une technologie similaire, ce qui se traduit par des fichiers plus plats offrant une vaste plage dynamique et permettant d’explorer différentes tonalités. Pour cette séance, étant donné qu’elle était éclairée avec un ensemble complet de lumières plus un peu de lumière naturelle, il était difficile d’équilibrer toutes les différentes températures de lumière le long des différentes carnations. Grâce à la large plage tonale du Portra et au scanner, nous avons pu, Michael et nous, exercer un grand contrôle et un réglage fin. Le résultat est un rendu très intéressant, doux tout en ayant beaucoup de volume grâce au travail d’éclairage exquis.
120
4×5








