Few Frames avec Sylvain Bouzat

Lorsque l’on parle de voyages et de projets personnels, il nous est difficile de ne pas mentionner Sylvain Bouzat. Bien qu’il travaille en tant que photographe commercial, son travail sur le voyage et le portrait est en soi tout à fait impressionnant !
Dans ce Few Frames, nous tentons de saisir un peu ce qu’il a vu et ressenti durant ce voyage dans l’Himalaya, les personnes qu’il a rencontrées et les conversations qu’il a pu avoir avec elles. On voit clairement à travers les images qu’il s’est engagé avec chaque sujet, et même si cela suit un style journalistique, il existe une sorte de complicité entre l’objectif et les yeux de la personne photographiée. Les images sont riches et pleines de texture, l’une des raisons étant la proximité qu’il entretient avec ce qu’il photographie. En effet, après avoir parcouru l’ensemble de la publication, il subsiste une étrange sensation de familiarité, presque comme si vous y étiez vous-même, et vous pouvez même imaginer les odeurs qui devaient y régner.
Nous pensons que cela s’explique simplement par le fait que Sylvain n’a mis aucune distance entre lui et son environnement. Même avec un appareil moyen format qui peut parfois vous ralentir et vous rendre très visible, il a réussi à s’intégrer dans la scène. Et lorsque vous voyez des images comme celles-ci, vous ne pouvez que vous demander comment il est possible de capturer un homme préparant son dîner au feu de bois tandis qu’en arrière-plan un singe court en portant son bébé sur les épaules. Cela vous fait vraiment vous demander si la photographie argentique est réellement « lente ».
Qu’elle soit lente ou non, nous espérons que vous préparerez votre boisson chaude préférée et que vous vous installerez pour savourer tranquillement ces images 🙂


Selon ses propres mots :
« En novembre 2018, je suis parti au Bhoutan, au Népal et à New Delhi pour un mois. J’ai emporté avec moi mon appareil argentique moyen format 645 et plus de 3 kg de pellicules (Kodak Portra 400 et Kodak Portra 800), et j’ai pris tellement de photographies que j’ai dû commander de la pellicule Kodak Portra 160 chez Carmencita pour terminer mon voyage à New Delhi ! (la pellicule Portra 400 était en rupture de stock).
Lorsque je voyage, j’essaie d’être très proche des habitants et de créer un lien avec eux. J’aime photographier dans un format documentaire en plaçant l’être humain au centre de ma photographie, en alternant entre photographies de rue et portraits. À mon sens, il y a tellement plus à apprendre en étant proche des habitants d’un pays plutôt qu’en voyageant d’un monument à un beau paysage ou d’un lieu touristique à une belle plage. Découvrir les cultures, les modes de vie et rencontrer des gens donne du sens à mon travail photographique argentique.
Cela se traduit par des interactions humaines puissantes, sincères et très intéressantes qui vont souvent bien au-delà de simples photographies de rue.
En étant proche des gens et continuellement dans la rue, je suis obligé de sortir de ma zone de confort et contraint d’accepter d’être dans un environnement inconnu : je ne connais pas les gens, leurs réactions, la réaction des personnes autour de nous et toute la vie de rue qui se déroule en arrière-plan.
À New Delhi, j’ai passé de longues journées seul dans la rue de 6 heures du matin jusqu’à la tombée de la nuit. J’ai eu l’occasion de documenter de manière très vivante l’incroyable agitation du chaos de cette ville. La difficulté consiste à pouvoir capturer et organiser ce chaos pour chaque photographie. Il faut être très réactif et anticiper d’un coup d’œil rapide ce qui se passe afin de pouvoir se positionner, mesurer la lumière et capturer l’instant.
Je recherche volontairement cette difficulté car je sais que les photographies qui en résulteront seront humainement puissantes et très significatives. J’essaie de conserver une approche documentaire dans la rue, alors qu’habituellement, avec la photographie argentique, il est recommandé d’utiliser des photographies très composées, bien réfléchies et statiques, dans un environnement maîtrisé (lumières, arrière-plan, positionnement des personnes).
À mon sens, photographier en argentique vous oblige à rester très conscient de ce qui se passe autour de vous. Il faut rester vraiment concentré sur la lumière, sur les gens et sur votre intention photographique, car chaque photographie est précieuse et unique. J’ai redécouvert le voyage à travers la photographie argentique, car je vivais encore plus l’instant présent et j’étais réceptif à toutes les sensations et relations qui m’entouraient. »
– Sylvain Bouzat
NOTE DU LABO
Nous avons la chance de travailler avec Sylvain depuis un certain temps maintenant, et c’est l’un des cas où la communication est essentielle ! Sylvain nous envoie à la fois son travail rémunéré et son travail personnel, dont les sujets diffèrent beaucoup, tout comme l’aspect des images. En échangeant avec Sylvain, même s’il vit de l’autre côté de l’Europe, nous avons pu obtenir exactement ce qu’il avait en tête pour ce travail.
Tout a été numérisé sur le Frontier. Vous pouvez constater le contraste prononcé et, en particulier avec les tons de peau plus foncés, la manière dont il restitue les textures et les couleurs de façon magnifique. Nous nous inspirons de l’esthétique de la photographie couleur classique, en particulier celle réalisée en Inde par des photographes tels que Steve McCurry. Évidemment, nous ne reproduisons pas son style pour de nombreuses raisons évidentes, mais nous nous sommes inspirés de la palette de couleurs et des contrastes que nous avons observés tout en y ajoutant notre style contemporain et notre luminosité. Nous espérons que vous jugerez les résultats par vous-même !



